Titres, grades et rangs, dans les arts martiaux – Partie 1

Un système hiérarchique

Les niveaux et les titres dans les arts martiaux semblent prendre beaucoup d’importance. Est-ce une mauvaise chose? Pas nécessairement ! Dans le cas des grades et rangs, les pratiquants ont besoin de faire des démonstrations techniques et des examens qui sont souvent physiquement et mentalement difficiles à atteindre. Pour les titres, la plupart du temps, ils sont donnés par une Association ou une Fédération à un pratiquant qui s’est impliqué dans le développement ou la propagation d’un style particulier. Bien sûr, comme dans tous les domaines, parfois ces titres ou grades sont obtenus de façon un peu douteuse, mais ce n’est pas le but du présent article. Il est plutôt de faire l’exposition de la terminologie des ‘termes honorifiques’ utilisés dans les arts martiaux et donner une certaine balise de comparaison entre eux.

Cependant, il faut prendre en considération que tous les rangs/grades/titres ne sont pas égaux! Ce que je veux dire c’est que d’une école ou d’une association à une autre, il y a parfois des différences majeures dans leurs significations.

Avant de continuer, je veux préciser que les termes que nous allons discuter dans la série de texte suivant peuvent être utilisés dans un contexte hors du domaine des arts martiaux. En effet, plusieurs d’entre eux sont souvent utilisés dans la vie professionnelle ou scolaire et peuvent avoir des significations différentes que celles mentionnées dans le texte suivant. Nous allons les considérer ici seulement dans un contexte martial. De plus, il s’agit de généralité d’utilisation. D’une école ou une association à l’autre, l’utilisation est différente. Tout comme les couleurs de ceintures changent d’un style à l’autre, l’utilisation et l’ordre des titres peuvent être différents.

Dans les prochains articles, nous allons explorer et comparer les niveaux de différents styles et fédération, pour esseyer de mettre le tous en perspective.

Le système Kyu/Dan

Premièrement, un peu de lumière sur le système de niveau utilisé dans la grande majorité des écoles d’arts martiaux modernes. Il s’agit ici d’un système de niveau qui était utilisé dans d’autres sports et qui fut éventuellement adapté pour les arts martiaux. Le concept de Dan est utilisé entre autre dans le jeu du Go, une forme de jeu de dame Japonais, qui reflète le handicap des joueurs dans les tournois. Les couleurs de ceinture pour les Kyus aurait été inspirées des mêmes couleurs utilisées pour les compétitions de natation.

L’on traduit habituellement les kyu comme étant des rangs et les dan comme étant des niveaux. Ils fonctionnent dans des ordres opposés. C’est-à-dire qu’un 1er rang est plus haut qu’un 2e rang, mais un premier niveau est inférieur au deuxième niveau. Comme aide-mémoire, considéré les placements des rangé dans un auditorium pour les rangs. Lorsque vous êtes au premier rang, vous êtes devant les autres, tout près de la scène. Pour les niveaux, pensez aux étages d’un édifice. Le premier niveau ce celui sur lequel les autres niveaux sont bâtis.

Je Judo est le premier style moderne reconnu comme ayant utilisé ce système. Jigoro Kano, le fondateur du Judo et du Kododan, attribua les premières ceintures noires à ses élèves qui maîtrisaient le curriculum de base du Judo et non à la connaissance totale du programme. Il considérait donc ces shodans comme étant des élèves sérieux qui étaient prêt à s’engager dans les études supérieur du Judo.

Ce n’est qu’a l’introduction du Judo dans l’ouest que les ceintures de couleurs ont été utilisées. Les représentants britanniques du Kodokan reconnaissaient qu’à cause de la culture occidentale, les gens avaient besoin de motivations supplémentaires pour maintenir leurs intérêts et développèrent les couleurs de ceintures.

Les premiers niveaux

Kyu = Rang

On parle ici des niveaux inférieurs octroyés à un pratiquant d’arts martiaux. Échelonné en ordre décroissant, un pratiquant possédant un 4e est considéré d’un rang inférieur à un pratiquant ayant un 1er kyu. Dans la grande majorité des écoles ou organisations, à chaque kyu est attribuée une couleur de ceinture (obi) faisant partie de l’uniforme de pratique (keikogi). Le nombre de kyu présent d’un style ou une association à l’autre peut varier.

Ces pratiquants sont communément appelés des Mudansha (Mu 無 = Néant, Dan 段 = Grade, Sha 者 = Personne), ou pratiquant sans grade.

Dans la majorité des écoles modernes, quand on parle du rang d’un pratiquant on dit qu’un tel est ceinture bleue, ou une telle est ceinture marron ou brune. Certaines écoles optent pour l’utilisation de “3e kyu” par exemple. On peut aussi utiliser les termes japonais pour le rang, par l’utilisation du chiffre du rang en japonais.

Sans kyu Mukyu (無級)
10e Jukyu (十級 )
9e Kukyu (九級 )
8e Hachikyu (八級 )
7e Nanakyu (parfois shichikyu) (七級 )
6e Rokkyu (六級 )
5e Gokyu (五級)
4e Yonkyu (Parfois shikyu) (四級)
3e Sankyu (三級 )
2e Nikkyu (二級 )
1er Ikkyu (一級 )

À titre d’exemple, prenons trois fédérations de karaté différentes. La Japan Karate Federation (JKA) et l’Internation Shotokan Karate Federation (ISKF), toutes les deux des fédérations qui régissent la progression en karaté shotokan, puis l’International Karate Organisation (IKO) qui est une des associations de karaté kyokushin. Dans le tableau ci-dessous, vous trouverez les couleurs de ceintures associées au kyu dans chaque fédération. Une case vide indique que le kyu n’est pas utilisé dans l’organisme en question.


JKA (Shotokan) ISKF (Shotokan) IKO (Kyukushin)
Sans kyu

blanche
10e blanche
orange
9e blanche blanche orange barre bleue
8e jaune jaune bleue
7e orange orange bleue barre verte
6e verte verte jaune
5e bleue violette jaune barre organe
4e violette violette verte
3e marron marron verte barre marron
2e marron marron marron
1er marron marron marron barre noire

Comme vous pouvez le voir, non seulement les organisations différentes utilisent des couleurs de ceintures différentes pour les rangs, mais elles n’ont pas tout le même nombre de rang avant l’obtention d’un shodan (ceinture noire). Considérant une personne ayant une ceinture bleue. Si elle est membre d’un dojo de la JKA, elle serait considérée comme intermédiaire avancé. Si son dojo est membres de l’IKO, c’est un débutant. Dans l’ISKF, la ceinture bleue n’existe pas. Faire des comparatifs de connaissances ou de compétences par rapport au rang est au mieux difficile à faire d’un art à l’autre. De plus, il n’est pas rare que des écoles individuelles aient de légères différences entre leurs programmes techniques et le programme global de leurs fédérations respectives, par exemple l’ajout de niveaux intermédiaires. De plus, parfois la même couleur de ceinture est utilisée pour deux grades différents (la violette pour le 4e et 5e kyu dans l’ISKF, par exemple, ou même la marron pour le 3e 2e et 1er kyu dans la JKA et l’ISKF). Alors, attention de faire le jugement technique d’un pratiquant seulement en voyant la couleur de sa ceinture!

Essentiellement les rangs sont utiles pour classer les élèves d’un même style, voir même d’une même école. Les ceintures de couleurs pratiques identifient rapidement les différents rangs dans un large groupe de personnes. Elles peuvent aussi aider à maintenir la motivation d’évolution des élèves, particulièrement chez les enfants. D’obtenir une nouvelle ceinture, plus particulièrement pour les jeunes, mais aussi pour les moins jeunes, fait l’effet d’une récompense bien méritée. Pédagogiquement, elles peuvent aussi contribuer à compartimenter des objectifs d’apprentissage plus facile à gérer pour un débutant.

Dans notre prochaine chronique, les niveaux supérieurs sont au menu. La variabilité d’un assiciation à l’autre, mais tout de même intéressant à voir les différences.

L’importance des frappes « honnêtes »

L’honêteté d’une frappe, c’est quoi?

J’aimerais toucher aujourd’hui sur les frappes et comment s’en servir. Non seulement de la perspective de la personne qui frappe, mais aussi de celle de la personne qui la reçoit.

Premièrement, qu’est-ce que j’entends par ‘frappe honnête’. Une frappe honnête, c’est une frappe qui se rend à la cible et la pénètre, si cette cible reste là. Trop souvent, j’ai vu en pratique des gens qui attaquent d’un coup de poing au visage, mais qu’ils font dévier eut même leurs attaques à gauche ou à droite. « Mais, je ne veux pas lui faire mal » est une réponse que j’ai entendue souvent suite à intervenir à un pratiquant. Une intention très noble en soi-même. Personnellement, je n’ai aucun désir de blesser qui que ce soit, particulièrement lors d’une pratique.

Parfois, ce sont les distances qui sont mal assimilées. Le coup de poing arrête à quelques centimètres (voir une dizaine ou plus pas moment…) de la cible. Ce genre d’action nuit à la pratique des deux partenaires.

Point de vu de l’attaquant et du défenseur

Pour le pratiquant qui reçoit l’attaque. Une attaque qui manque sa cible, ou qui ne rend pas, peut lui donner une mauvaise appréciation du synchronisme nécessaire pour l’exécution d’une défense ou d’une esquive. L’échec est sans conséquence. L’attaque ne l’aurait pas atteint de toute façon.

Pour celui qui l’exécute, une telle pratique peu également engendrée des problèmes. Imaginer de porter un atémi qui aurait pour but de distraire notre attaquant, mais qui ne porte pas. Le déséquilibre nécessaire pourrait ne pas être suffisant, ou même complètement absent et la défense par conséquent, inefficace.

Lors de la pratique, il est important que les frappes portent à leurs cibles. La vitesse des attaques dépendra du niveau de compétence des deux pratiquants, en commençant par une attaque lente et progressant vers une qui est de plus en plus réaliste.

De cette façon, même à une vitesse réduite, si le mouvement de défense n’est pas adéquat, l’impact aura lieu. Le défenseur pourra ressentir l’impact en minimisant les dommages en tant que débutant. Pour les plus avancés, on y verra un apprentissage d’absorption de l’impact et un meilleur tonus musculaire.

L’honnêteté dans la pratique!

Un point que je voudrais clarifier par contre. Si l’attaquant porte ses frappes à vitesse réduite, il est important que le défenseur réagisse avec la même intensité de mouvement. Il n’y a pas d’apprentissage si le défenseur est permis de se déplacer à pleine vitesse. Cela aussi, fais partie de l’honnêteté de la pratique. Les deux (ou plus) pratiquants s’entendent sur une vitesse de pratique et ils la maintiennent pour la durée de l’échange, ou jusqu’à ce qu’ils s’entendent pour la changer. Je vois ce genre de pratique comme un outil pédagogique pour permettre a tous les pratiquants, peu importe le niveau, d’apprendre et de pratiquer des techniques de tout niveau, y compris certaine plus dangereuse qui serait normalement réservée à des pratiquants de niveau supérieur, sous l’oeil attentif de votre instructeur, bien sûr!

Les différents « styles » d’arts martiaux.

Avant de commencer dans le gros de cet article, je voudrais préciser que j’utilise principalement des exemples d’arts martiaux japonais, car c’est dans ceux-ci que j’ai la plus grande expertise. Ceci n’est aucunement une façon de dire que l’article s’applique seulement aux arts japonais. Il existe plusieurs méthodes de kung fu et de tai chi différents et il est probablement vrai pour les arts qui proviennent de la Corée*, d’Indonésie, de la Philippine, etc.

*le Tae Kwon Do en est un excellent exemple, étant donné la présence de deux fédérations distinctes et possiblement plus, de cet art au Canada, notamment la fédération Montiale de Tae Kwon Do et la fédération Internationale de Tae Kwon Do. Toutes les deux pratiquent le même art, mais avec des méthodes de pratique très différentes.)

Qu’est-ce qu’un style?

Pour la plupart des gens qui ne pratiquent pas un art martial, l’expression ‘style d’art martiaux’ ne présente souvent pas exactement la même signification que pour les pratiquants, surtout ceux de longue date. Pour beaucoup, le karaté, le judo, l’aïkido et le jujutsu sont des styles d’arts martiaux. Ce qui n’est pas faux. Mais ceci n’est que la pointe de l’iceberg. Prenons comme exemple le Karaté.

Il existe plusieurs styles, ou ‘ryu’ (流) de karaté; Wado-ryu, Goju-ryu, Shito-ryu, Shotokan, Kyokushin, Uechi-ryu, Shorin-ryu, Shorei-ryu… et j’en passe. Même que certains de ses ryu ont plusieurs fédérations qui régissent des ‘sectes’ différentes (Comme la Japanese Karaté Association (JKA), la Shotokan International (SKI), Todokai International, l’International Shotokan Federation (ISKF) pour le karaté Shotokan, entre autres). Les styles sont nécessaires à un certain point, surtout dans les débuts de la pratique des arts martiaux. En suivant les enseignements d’un style en particulier, on s’assure d’avoir une base pour les techniques avancées d’un système. Même si l’exploration peut être intéressante, elle peut créer de la confusion chez les débutants.

J’ai utilisé majoritairement des exemples de karaté, mais ce n’est pas le même art qui subit des ‘divisions’ concernant les styles. Même la Katori Shinto Ryu, réputée comme étant la plus ancienne école d’arts martiaux encore existante au Japon n’est pas à l’épreuve de ce phénomène.

Il en existe plusieurs branches (Sugino-ha, Hatakeyama-ha, Sugawara-ha, Noda-ha, Shiigi-ha et Mochizuki-ha) à travers le monde. Mais on remarque une certaine différence de nomenclature. On ne les considère pas nécessairement comme des styles différents, mais des courants différents (ryuha, 流派). Les styles plus classiques, plus ‘vieux’ fonctionnaient avec des ‘licences d’enseignement’. Un instructeur considérait un élève comme ayant assez de connaissance dans le style pour lui permettre d’enseigner et de représenter l’art. C’est le cas de la liste mentionnée ci-haut pour le Katori. Certes, au fil des années, des différences stylistiques ou même dans les katas de base se sont développés, mais ils sont encore considérés comme étant du même ‘style’. Plusieurs vont débattre de la légitimité de chaque courant, la considérant valable ou non, mais d’après moi, le débat ici est plus politique que martial, alors je ne développerai pas davantage sur cet aspect.

Qu’est-ce qui change le style?

Ce qui me mène à la question, quand est-ce qu’un art, qui subit des modifications, devient un autre ‘style’? La ligne est tout de même assez nébuleuse et je crois qu’elle dépend aussi de l’interprétation de chacun. Est-ce qu’un instructeur de Karaté Shotokan qui incorpore également des projections est toujours un instructeur de Shotokan ou non? Est-il en train de créer un nouveau ‘style’? Se transforme-t-il en instructeur de Wado-ryu?

Les styles différents sont souvent définis davantage à cause de leur philosophie et non à cause des différences techniques. Shotokan, Goju-ryu et Kyokushin sont tous des karatés et les mécaniques de base pour les techniques sont les mêmes, mais les approches principales sont différentes. Le Shotokan est majoritairement un art de ‘longue portée’, le Goju-ryu de ‘courte portée’ et le kyokushin se retrouve en quelque part entre les deux.

Pour moi les styles sont des guides, un chemin possible dans l’étude des arts martiaux. Mais il est également très important de ne pas porter d’œillères et intentionnellement ignorer qu’il existe autre chose à l’extérieur des murs de notre dojo. Des aspects d’autres systèmes peuvent être incorporés dans notre arsenal, sans pour autant complètement oublier nos racines.

Mabuni Kenwa (1887–1952), le fondateur du Karaté Shito-ryu et un des grands pionniers du karaté moderne a dit qu’il n’y avait pas de style différent de karaté, mais plutôt de différentes interprétations des principes de base. Je crois que ceci s’applique à tous les arts martiaux. Certains enseignent majoritairement des techniques de frappe en premier. D’autres se composent principalement de projection et d’amené au sol.

En revenir à la base.

Mais certes, dans les arts martiaux modernes, on essaie de se démarquer, d’être différent des autres pour attirer des élèves. Un poing au visage, peu importe l’art pratiqué par quelqu’un, va faire mal. On fait une torsion de poignet à un partenaire, que l’on s’identifie à l’Aïkido, à l’Hapkido, ou au Chi’na, celui-ci risque une luxation.

« Il ni a pas de place dans le karaté contemporain pour les différents styles. Certains instructeurs disent avoir inventé un nouveau kata, alors ils se donnent le droit de se donner le titre de fondateur d’un style. Effectivement, mes collègues et moi sommes souvent considérés comme appartenant à l’école Shotokan, mais je fais objection à cette tentative de classification. Je crois que tous ces styles devraient être incorporés en un pour que le karaté puisse se développer à l’avenir. » – Gishin Funakoshi.

Tout comme il peut exister plusieurs sentiers pour gravir jusqu’au sommet d’une montagne, les ‘styles’ sont des chemins différents pour atteindre votre objectif personnel dans les arts martiaux. Vrai, certains seront plus efficaces tout dépendant de votre objectif personnel (compétition, auto-défense, développement personnel, santé/mise en forme, etc), mais tous restent valables. De plus, comme pour les sentiers de montagnes, rien nous empêche de faire un petit détour sur un autre sentier, pour ensuite revenir sur notre premier, ou de poursuivre notre ascension en empruntant un troisième chemin.

Si votre style vous convient physiquement, mentalement et au point de vue de vos objectifs personnels, vous êtes sur le bon chemin.